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Commensalité et santé physique

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Commensalité et santé physique

L’acte alimentaire est indispensable à la survie de tout être vivant.
Cependant, en plus d’avoir une fonction physiologique, je pense que le fait de manger, pour l’être humain, est aussi synonyme de sociabilité. Ce dernier est un être particulier ayant le besoin de se sociabiliser et de manger avec les autres.
Selon moi, manger en compagnie serait bénéfique tant sur notre mental que pour notre corps, et donc essentiel à la vie.

  1. Qu’est-ce que la commensalité ?
Une image contenant table, personne, intérieur, repas

Description générée automatiquement

Manger dans un restaurant entre amis, partager un repas autour d’une table en famille, prendre un repas en entreprise avec des collègues, des associés, manger à la cantine scolaire avec des camarades, ou encore, consommer un sandwich sur un banc entre étudiants à l’université, c’est cela la commensalité.
La commensalité est le fait de manger collectivement, en compagnie, (Sobal et Nelson, 2003) peu importe la personne et le milieu dans lequel on se situe. Ce qui signifie aussi que la commensalité est distincte de la convivialité.
La convivialité se caractérise par des rapports mutuels positifs à l’égard de personnes, plausible lors d’un partage de repas. Cependant il est aussi envisageable que le fait de manger en compagnie de quelqu’un ne soit pas obligatoirement convivial, même contraignant.
La commensalité peut être individualisée, où l’on mange en silence mais en compagnie, ou bien collective, où des échanges sont existants. Ces deux expériences peuvent être toutes deux associées soit à un repas commun ou bien un plat qui diffère de celui des convives.
Selon Claude Grignon il existerait une typologie de commensalités :  institutionnelle/privée, subie/choisie. (Grignon, 2001)

Quelles sont les fonctions de la commensalité ? A quoi sert-elle ?

  • Le partage : la table commune permet de communiquer entre convives, d’échanger et d’apprendre de la culture des uns des autres… Le partage est celui des aliments bien sûr (a fortiori si les plats sont communs) et l’échange peut avoir lieu sur et par la nourriture.
    Pour le sociologue Claude Fischler, le fait de se nourrir est généralement un acte collectif et de partage et ce, dans de nombreuses cultures.
  • La création et la préservation du lien : le fait de manger en collectivité permet de rapprocher, et de (re)tisser des liens sociaux entre les convives.
    Partager et consommer le même repas, permet de rapprocher les personnes ainsi que de s’assimiler à elles. (Poulain, 2018)
  • La socialisation : les personnes participant au repas, et le repas en lui-même, contribuent à l’émission de certaines normes et valeurs ayant pour but d’y être intégrées. Elle permet donc l’apprentissage de diverses règles communes, propres à une société, permettant la bonne collaboration. (Poulain, 2018)
    La commensalité vise à socialiser les êtres humains entre eux, et ce, tout le long de la vie.
  • Désigne le degré de proximité : par la commensalité on peut distinguer les formes de liens qu’entretiennent les commensaux entre eux.

2. L’effet contraire de la notion de commensalité

Les impacts liés à la crise du Covid-19 :

  • Fermeture des lieux conviviaux, notamment alimentaires (restaurants, restaurants universitaires, restaurants d’entreprise…)
  • Éloignement social (amis, familles, travail…)
  • Travail à domicile pour de nombreuses personnes

La crise sanitaire actuelle, a consécutivement modifié nos comportements, notamment ceux en rapport avec l’alimentation.
Cette énumération de conséquences impact la notion de commensalité et de ce fait engendrant et contribuant au fait de manger seul.

Conséquences pouvant être attribuées au fait de manger seul :

  • Repas bâclés : notamment pour les personnes en télétravail, pour se consacrer plus de temps au travail ; pas de séparation entre travail et repas.[1]
  • Saut de repas, et sous-alimentation : notamment pour les personnes âgées
  • Repas pris sur le pouce : baisse de motivation pour cuisiner, du fait qu’on ne fait à manger que pour soi, le temps consacré à la cuisine va s’amoindrir, et a contrario, la préparation de repas rapide va s’accroitre (plats prêts à l’emploi, repas livrés). [2]
  • Type de repas plus conséquent en aliments gras et caloriques[3] : mais insuffisants pour couvrir les besoins.
  • Grignotage au cours de la journée[4] : pouvant être lié à la proximité de la nourriture, du stress ou de l’ennui.

Conséquences sur la santé physique :

La consommation répétée de repas prêts à l’emploi, ou les plats faciles à préparer caloriques comporte des risques pour la santé.
Souvent, ils ne permettent pas de remplir l’assiette des principales composantes requises pour permettre un bon équilibre alimentaire.
Les repas consommés vont être en conséquence, mal équilibrés tant sur la journée que sur un repas.

Lorsque le manque de diversité alimentaire s’installe, en découle une absence de nutriments, de vitamines et minéraux essentiels pour le bon fonctionnement de l’organisme. À l’inverse, les nutriments, et plus spécifiquement les lipides et glucides, qui vont être ingérés en quantité s’accumuleront en excès dans l’organisme, qui empêcheront celui-ci de bien fonctionner.
Le manque de nutriments est aussi lié à une sous-alimentation pouvant être provoqué par l’isolement d’une personne, engendrant elle aussi des complications, particulièrement chez la personne âgée. 

Le fait aussi de manger seul, induit un manque de temps passé à table, pouvant être lié a des moyens de distractions, dont les médias.[5] Or manger rapidement peut provoquer des désagréments au niveau du corps, et favoriser un surplus d’ingestion d’aliments.

➔ Cela peut engendrer :

  • A court terme : Perte d’énergie, fatigue passagère et chronique, perte de poids, prise de poids..
  • A long terme : anémie, carence, dénutrition, troubles du comportement alimentaire, surpoids et obésité, hypertension artérielle, diabète, maladies cardiovasculaires..

Il est à noter que la perte d’énergie et la fatigue contribuent à favoriser la baisse de productivité au travail[6], et accentue le mal-être de la personne. 

3. Qu’est-ce que la commensalité apporte aux notions de santé et de plaisir alimentaire ?

➔ Un maintien des bonnes habitudes alimentaires : tout le long de notre vie, on acquiert des compétences et connaissances en matière d’alimentation par le biais de nombreuses interactions avec différentes personnes, notamment au travers d’imitations, ce qui va façonner nos habitudes alimentaires. Le fait donc de manger en compagnie permet de les entretenir et pourquoi pas d’en acquérir de nouvelles.
Le partage de nourriture, induit une certaine diversité alimentaire, qui apporte de nombreux nutriments et micronutriments nécessaire pour l’organisme, il permet aussi la découverte d’aliments, ce qui favorise l’introduction d’aliments nouveaux (pour la personne, le groupe, ou encore la société) et la découverte de l’autre.

Le repas est une institution diffusant un certain nombre de normes et valeurs plus ou moins définies et communes. Celles qui lui sont attribuées, telles que les horaires fixes, permettraient de maintenir un certain rythme alimentaire et seraient favorables à une meilleure santé. (Lalhou, 1995 in Poulain, 2018)
Ou encore, les règles de politesse, incluant le fait de ne pas se lever avant l’achèvement du repas, contribuent à ce que le repas perdure.

Selon le célèbre sociologue Claude Fischler, si les Français sont en meilleure santé (notamment en rapport avec l’obésité) que d’autres peuples, c’est en partie en raison de leurs partages de repas.  (Fischler, 2013)

➔ Une meilleure perception du goût : Comment se forme le goût ? Le goût est tout d’abord physiologique, car des récepteurs spécifiques, surnommés « papilles gustatives », nous permettent différentes perceptions de celui-ci, qui diffèrent selon les personnes. Le goût est aussi culturel, il s’apprend au fur et à mesure de la vie d’un individu par le biais de diverses interactions et expériences. La notion de goût est donc différente d’une personne à l’autre, autant au niveau physiologique que culturel. (Fischler, 1990)

La perception du goût dépend elle aussi de plusieurs facteurs, tels que la notion de commensalité. Le fait de partager un repas avec d’autres convives,  contribue à la formation de goûts communs au sein d’une même société et aurait pour fonction d’accentuer les sensations gustatives.
Il s’agirait du simple fait, que nous percevons un sentiment empathique envers la personne, lorsque celle-ci éprouve du plaisir. Ce qui activerait la zone sensorielle responsable du goût déjà stimulé, et aurait donc un effet amplificateur sur cette perception gustative. [7]
Le simple fait de voir les gens heureux et de partager, nous fait contracter du plaisir.

D’après les sources de cet article et mes expériences personnelles, manger souvent seul peut contribuer à l’apparition d’un enchaînement de conséquences néfastes pour le bien-être d’une personne.
La crise sanitaire actuelle a engendré des conséquences et modifications de notre vie quotidienne, favorisant l’éloignement entre les personnes, qui, je pense peuvent se répercuter sur notre santé.
Inconnus, connaissances, collègues, amis, familles ; partagez vos repas, et ce, même à distance ! C’est bon pour notre plaisir (gustatif et moral) et notre corps !

Enola Bouloumié est Chargée de Projet en Nutrition-Nutritionniste et étudiante en dernière année de Master Sciences Sociales Appliquées à l’Alimentation. Elle est actuellement en stage chez Altermakers pour le projet Tout Le Monde À Table.

Références :

Fischler Claude. L’homnivore. Paris : Odile Jacob, 1990, 440p.

Fischler Claude. Conference: The anthropology of food à TEDx Paris Universités, 2013.

Grignon Claude. Commensality and Social Morphology: An Essay of Typology, in Scholliers Peter, Food, drink and identity cooking, eating and drinking in Europe since the Middle Ages, Oxford, New York : Berg, 2001, p. 23-33.

Poulain Jean-Pierre. Dictionnaire des cultures, PUF, (Quadrige. Dicos poche), 2012, 1536 p.

Sobal Jeffery. Nelson Mary K. Commensal eating patterns a community study. Apetite, 2003, n°41, p. 181-190.


[1] Gueuti Celia. Manger seul, une si grande épreuve ? Sous Cloche, l’actualité de l’alimentation passée au gril, 2020.

[2] Garau Emanuela. Manger seul à la maison : naufrage alimentaire ou moment revigorant rien que pour soi ?, La Libre, 2018.

[3] GQ. Est-il bon de manger seul ?, 2017, [en ligne]. Disponible sur https://www.gqmagazine.fr/lifestyle/news/articles/est-il-bon-de-manger-seul-/57302 . (Consulté le 8-3-2021).

[4] Perrier Agathe. Seul et en confinement : nos conseils pour s’en sortir. consoGlobe, 2020.

[5]Cuisineaz. 10 astuces pour apprendre à manger lentement, [en ligne]. Disponible sur https://www.cuisineaz.com/diaporamas/astuces-pour-manger-lentement-337/interne/1.aspx . (Consulté le 25-3-2021).

[6] Centre canadien d’hygiène et de sécurité au travail. Fatigue, 2021,[en ligne]. Disponible sur https://www.cchst.ca/oshanswers/psychosocial/fatigue.html . (Consulté le 1-4-2021)

[7] Bohler Sébastien. Manger à plusieurs, c’est bien meilleur ! . Cerveau&Psycho, 2014.

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