Point de vue

Vivons-nous dans une période prérévolutionnaire ?

  • Anticapitalisme
  • COVID-19
  • histoire
  • Philosophie
  • Révolution
  • Valeurs
0 commentaires Temps de lecture estimé : min
Vivons-nous dans une période prérévolutionnaire ?

Certains le soutiennent depuis longtemps et plusieurs indices vont dans le sens d’une telle analyse. Il ne s’agit pas ici de jouer les Cassandre ni de faire peur. La peur est mauvaise conseillère. Il ne s’agit pas non plus ici de prétendre s’ériger en prophète (de malheur qui plus est). Il ne s’agit pas de juger car nous sommes tous responsables de ce qui nous arrive. Certains ont peut-être plus de tort que d’autres mais nous avons tous notre part.

En conséquence, partant de l’idée que le débat est toujours fécond, lorsqu’il est fait de bonne foi, il  s’agit simplement ici de proposer les modestes analyses d’un chercheur qui travaille sur notre société depuis plusieurs années et qui souhaiterait ici livrer quelques-unes de ses réflexions et de ses analyses sur ce monde qu’il cherche à comprendre.

Comme nous le sentons bien, plusieurs éléments contemporains ressemblent à s’y méprendre à ce qui existait à l’aube de la Révolution française. Ces éléments pathologiques semblent de nature à nous laisser croire la possible existence d’une boucle névrotique dont nos sociétés ne parviendraient pas à sortir et dont la Révolution (voire les révolutions) française(s) n’ont été que l’expression.

Ces éléments sont au nombre de quatre :

– En premier lieu, nous vivons – comme à l’époque prérévolutionnaire – à un moment de sentiment d’éloignement profond et d’écart profond entre les élites et le peuple. Ce sentiment d’écart et d’éloignement se traduit par le sentiment d’une corruption à grande échelle de celles-ci et d’une perte de légitimité de leur discours.

– En deuxième lieu, nous assistons – comme à l’époque prérévolutionnaire – à un phénomène de sentiment du privilège inacceptable des gouvernants alliés à l’idée d’une exclusion toute aussi forte de la classe populaire ou d’une certaine partie de la population.

– En troisième lieu, de même que la petite noblesse s’étiolait avant la révolution et qu’elle était décalée de Versailles (comme le montre l’admirable film de Lecomte, « Ridicule ») nous assistons aujourd’hui à un déclin des clercs (et des intellectuels) lié à un appauvrissement de plus en plus important des classes moyennes qui s’éloignent de plus en plus des sphères d’un pouvoir qu’ils avaient pourtant pour mission de relier au peuple.

– Enfin en dernier lieu, nous vivons – comme à l’époque qui nous intéresse – à un croisement assez étrange dans le domaine moral entre une montée des pratiques « anomiques » (c’est à dire dépourvues de normes et de limites) et corrélativement à une même montée opposée d’un discours moralisateur (et à l’opposé souvent hyper-normé et normatif).

Ce dernier point est d’ailleurs celui qui est sans doute le moins exploré. Il est sans doute le plus flagrant. Comme l’excellent livre de C Lasch La culture du narcissisme l’a montré, les psychologues ont mis en évidence la montée contemporaine d’une nouvelle forme de névrose : un certain narcissisme que l’on appelle désormais « perversion narcissique ».

Ce narcissisme se caractérise notamment par une attitude hyper séductrice d’un individu ou d’un groupe qui cherche à capter l’énergie d’un autre en usant de différents stratagèmes. Cette montée en puissance (contestée par certains, mais ils sont rares) se trouve tout aussi bien dans le domaine des relations amoureuses que dans le monde du travail et de la famille. Il est également relié à une montée de la dérégulation dans le domaine sexuel, familial et affectif qui fait dire à certains que nous serions dans l’ère de la guerre des sexes. A ce narcissisme et cette guerre s’opposeraient une double montée des revendications et des discours moraux de tous types allant de l’exigence d’éthique renouvelée et grandissante, à une demande de plus en plus forte de droit et de valeurs en passant par des pratiques dites de demande de pleine conscience et d’épanouissement moral de l’homme vu uniquement comme esprit et plus comme corps aussi.

Ces éléments existaient parfaitement à l’aube de la Révolution française. Cette révolution – on ne l’a pas assez dit – fut la mise en œuvre de la pensée des Lumières mais elle fut également le témoin de l’émergence d’une pensée de l’ombre. En effet, avant la Révolution, l’un des best-sellers de l’époque fut sans doute les confessions de Rousseau, son contrat social et son Emile si tourné vers l’éthique et le sensible. Cependant la pré-révolution fut également le moment de l’écriture et de la « découverte » des textes de Sade et de Choderlos de Laclos et de ses Laisons dangereuses. La pré-révolution fut donc marquée tout autant par Emile que par Valmont.

Notre époque ressemble aussi à ce moment. Elle voit de plus en plus coexister en son sein ces deux logiques hyper-moralistes et a-moralistes se développer et se conjuguer voire se livrer la guerre continuellement. Cette guerre apparut aussi au moment et à la veille de la Révolution. Que cache-t-elle, que révèle-t-elle ?

Un malaise autour de l’amour, de l’éthique, de la morale et des sentiments qui n’est pas assez creusé et qui ne le fut peut-être pas assez avant la Révolution et nous devrions le creuser davantage si nous voulons éviter qu’à nouveau le torrent de la terreur vienne nous emporter.

Vous voulez en savoir plus sur Altermakers ? Rendez-nous visite sur notre site internet.

Commentaires

Laisser un commentaire

Vous devriez également aimer

  • Point de vue

    En tout il y a des merveilles. Tout le monde à table : entrez, il y a des Dieux aussi dans la cuisine !

    Temps de lecture estimé : 8 min

    Lire plus
    0 commentaires
    • Philosophie
    • Tout Le Monde à Table !
  • Recherche

    La vraie valeur du numérique

    Temps de lecture estimé : 15 min

    Lire plus
    0 commentaires
    • COVID-19
    • Economie
    • Environnement
    • numérique
    • Réseaux sociaux
    • Social
    • valeur
  • Recherche

    Prenez soin de votre esprit, Mangez ensemble.

    Temps de lecture estimé : 10 min

    Lire plus
    0 commentaires
    • Alimentation
    • commensalité
    • COVID-19
    • partage
    • Psychologie
    • Santé COVID-19
  • Recherche

    Commensalité et santé physique

    Temps de lecture estimé : 7 min

    Lire plus
    0 commentaires
    • Alimentation
    • commensalité
    • COVID-19
    • partage
    • Santé COVID-19
    • sociologie
  • Point de vue

    Solidarités Alimentaires

    Temps de lecture estimé : 5 min

    Lire plus
    0 commentaires
    • Alimentation
    • alternatives
    • inclusivité
    • Social
    • Solidarité
    • Valeurs
  • Point de vue

    Organisations publiques et privées et philosophie. Plaidoyer pour une approche pleine et positive d’une relation à reconstruire au quotidien.

    Temps de lecture estimé : 22 min

    Lire plus
    0 commentaires
    • Diversité
    • Entrepreneuriat
    • Philosophie
  • Fiche de lecture

    Nicolas Hulot, Frédéric Lenoir, D’un monde à l’autre, Le temps des consciences

    Temps de lecture estimé : 12 min

    Lire plus
    0 commentaires
    • conscience
    • Crise
    • enjeux
    • Philosophie
    • Planète
    • progrès
    • sociologie
  • Méthode

    Alter’Vision : rêver le futur tous ensemble, autrement.

    Temps de lecture estimé : 4 min

    Lire plus
    0 commentaires
    • Collaboration Créative
    • Intelligence collective
    • loi PACTE
    • makers
    • Raison d'Être
    • Valeurs
    • Vision
    • VUCA
  • Point de vue

    Quelques conseils alternatifs à nos dirigeant.e.s.

    Temps de lecture estimé : 3 min

    Lire plus
    0 commentaires
    • alternatives
    • COVID-19
    • Diversité
    • Innovation
    • Intelligence collective
    • makers
    • politiques publiques
    • prise de décision